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C’est l’histoire d’une grande salle de l’ancienne abbaye de Vézelay, voûtée d’arêtes portées par quatre piliers centraux monolithiques, qui est devenue l’une des deux grandes réserves d’eau de la ville en cas d’incendie et dont il n’a jamais été rapporté qu’elle ait ni débordé, ni été à sec – C’est donc une réalisation hydraulique remarquable qui recueille et conserve l’eau de pluie gratuitement. C’est l’histoire de la préméditation du vol de ce patrimoine, rendu possible par une cascade d’écrits inexacts que l’on a négligé de corriger. Mais c’est aussi l’histoire du combat acharné pour le respect du domaine public contre l’appétit vorace des propriétaires, administrateurs et marchands de biens privés.

- Avant-hier, c’est-à-dire le 10 juillet 1729, « sur les plaintes de plusieurs particuliers, le conseil invita le sieur Henri, chanoine à Vézelay, qui avait fait faire dans le réservoir, un mur qui en ôtait l’usage aux habitants, à rétablir les lieux dans leur état primitif »[1]

- Hier, 4 août 1840, « Monsieur Jouin ne s’est pas contenté d’agrandir et d’abaisser l’ouverture qui de son jardin permettait de puiser à bras quelques seaux d’eau dans la réserve appartenant à la ville et nommée vulgairement la Cave : il a fait plus, il a élargi et creusé son ancien réservoir de telle manière que par une perforation pratiquée au fond il peut attirer chez lui jusqu’à la presque totalité du réservoir commun, qui pourrait par la suite devenir sa propriété si l’on n’arrêtait au plus tôt ses prétentions »[2]. L’ouverture fut promptement rebouché « avec de la maçonnerie et du ciment », dès le 10 août 1840.

- De nos jours, c’est-à-dire à partir du 23 mai 2001, un «administrateur de sociétés » achète la propriété classée monument historique dont la resserre de jardin est mitoyenne de ladite « cave d’eau ». Le 2 février 2002, il se loue la cave d’eau et la resserre en un bail commercial qu’il accorde à une société lui appartenant. La société locataire obtient de madame le Maire, le 8 octobre 2002, un permis de construire qui, outrepassant les limites de propriété, autorise l’aménagement en logement de la grande réserve d’eau de la ville jointe à la resserre.

Et pourquoi pas une piscine dans la crypte ?

Circulez, il n’y a rien à voir.

Le chantier correspondant au permis accordé n’est ni affiché ni réalisé pendant 2 ans, puis l’ouverture de chantier est affichée le 8 octobre 2004. Une démarche citoyenne recourt au Tribunal Administratif de Dijon pour dénoncer le « dépassement des limites de l’unité foncière en direction de la « cave d’eau » qui appartient à la commune ». Mais la péremption du permis avait été prononcée par arrêté du maire dès le 7 septembre 2004, au motif que « les travaux ont été interrompus pendant un délai supérieur à une année ». Le recours au T.A. ne fut donc pas jugé, car le tribunal ne se prononce pas sur un acte administratif périmé. Cependant, les travaux de gros-œuvre prévus au permis ont continué, faute de constatation, sauf par un reportage d’FR3, resté sans suite. Puis, le 27 janvier 2006, deux arrêtés du maire ont autorisé la finition de tous les travaux, initiés par le permis périmé de 2004. Il n’y a plus d’intervention prévue sur les parois de la cave d’eau. Mais celle-ci fait bien toujours partie des projets autorisés.

Jeu du Bonneteau

A la demande de la population, par acte du 11 mai 2005, la commune assigne devant le Tribunal de Grande Instance d’Auxerre les sociétés propriétaires et locataires de la resserre pour « Voir dire et juger la Commune de Vézelay propriétaire de la Cave d’eau ». Dans leur mémoire en réponse du 12 décembre 2006, toute l’argumentation repose sur l’affirmation farfelue que la cave d’eau ne serait pas entièrement située sous le jardin du presbytère, mais glissée en partie sous la resserre. Or, en vertu de l’Article 552 du Code Civil, « La propriété du sol emporte la propriété du dessus et du dessous » Par conséquent, la cave d’eau appartiendrait bien à la resserre. Et la preuve en est fournie par quoi ? Par le bail commercial et les plans fallacieux des trois permis accordés bien sûr.

A la recherche de la cave perdue

L’emplacement exact de cette salle souterraine, visible et accessible depuis la rue par le large escalier qui permet de descendre jusqu’à l’eau comme on va à la rivière, demeure toujours méconnu des édiles du village. Il faut dire à leur décharge que la mairie vient de faire sceller la grille de l’accès public à l’eau. Le voleur de cave est donc, depuis fin 2006, le seul à accéder à l’eau par la margelle ouverte sur ses jardins. Dans le doute, un géomètre est appelé à la rescousse, mais le bulletin municipal publie son nom. Notre administrateur de sociétés envoie immédiatement au géomètre une lettre recommandée lui interdisant de pénétrer sans son accord dans un local dont la propriété est si incertaine qu’elle est contestée en justice. Par ce trait de génie les habitants viennent de se faire ôter l’usage de leur cave d’eau qui est attestée ouverte « pour le service de la ville » depuis1729. L’histoire bégaye, Chanoine Henri, vous avez un successeur ! Bref, faute d’établir que la cave municipale est bien entièrement sous le jardin du presbytère, acquis par la ville en 1824, avec l’autorisation du roi, la commune pourrait bien perdre son procès et bien sûr, la propriété de sa cave d’eau.

Jeu de Loi

Ainsi s’achève provisoirement l’histoire d’un vol de cave qui pourrait être légalement commis par accumulation de manœuvres dolosives non dénoncées. On colporte, sûrement à tort, que l’intéressé pratique ce sport depuis des décennies, d’où son habileté à tricoter les articles de loi. En ce qui concerne la cave d’eau de Vézelay, en tous cas, il devrait réussir car si les responsables de l’intégrité du patrimoine communal d’antan avaient tout du Cerbère, ceux qui ont traité cette affaire depuis 2002 à 2007 ont superbement incarné tout l’entêtement finaud de Rantanplan.

Ariane MERLIN


[1] Cahier N°6 Léonard GUILLIER, maire de Vézelay.
[2] Extrait du cahier des délibérations municipales, 4 août 1840.

Vous trouverez une pétition à signer chez Vival et à la librairie L’or des étoiles pour demander la restauration d’un service en adéquation avec les besoins de Vézelay.

voici le texte de la pétition :

PÉTITION

A

M. LE DIRECTEUR DEPARTEMENTAL DE LA POSTE

Nous, habitants de Vézelay et du canton de Vézelay, vous faisons part de notre étonnement devant la restriction des services qui affecte le bureau de la Poste de Vézelay.

Plusieurs changements sont tout à fait inacceptables pour un bureau tel que celui de Vézelay :

  • réduction des horaires
  • impossibilité pour les touristes de changer des devises
  • disparition de la «flamme » avec la Basilique pour le courrier déposé à Vézelay et affranchi désormais à Avallon.
  • Réduction d’effectif au bureau.

Cette évolution sans aucune concertation pénalise les employés, les habitants, les usagers du canton et aussi les touristes de France et de l’étranger : c’est l’image même de Vézelay qui pâtit de vos décisions.

Nous vous demandons solennellement de reconsidérer vos positions, contraires aux valeurs du service public.

Copie à M. le Directeur de Groupement, La Poste, Auxerre

Mme le Maire de Vézelay


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